Après quatre ans à la Justice, Christiane Taubira quitte le gouvernement pour cause de « désaccord majeur »

Elle devait porter une réforme de la Constitution, voulue par François Hollande, mais ce sera sans elle. Christiane Taubira a quitté le gouvernement ce mercredi sur un "désaccord politique majeur". L'ancienne ministre de la Justice ne s'est jamais gênée pour dire haut et fort ce qu'elle pensait.

Lors de la conférence de presse pour son départ, elle cite ainsi Aimé Césaire: "Nous ne livrerons pas le monde aux assassins d'aubes". La ministre fait une allusion lyrique à la révision de la Constitution visant la déchéance de nationalité, poussée par le "péril terroriste".

Et c'est ce même projet politique qu'elle désapprouve, au-delà de la méthode. La peine d'indignité nationale -rebaptisée- "serait un acte symbolique mais les symboles portent leurs charges", expliquait-elle sur France Inter la semaine dernière. Un symbole qu'elle "n'aurait pas revendiqué", une façon de souligner son désaccord acté avec le président François Hollande et sa décision après les attentats de novembre et janvier sur Paris et sa région.

Mais sa démission du poste de garde des Sceaux tient également à d'autres raisons politiques. Entre Manuel Valls et elle, les relations devenaient crispées: son remplaçant, Jean-Jacques Urvoas, est d'ailleurs un proche de l'ancien maire d'Ivry. "Je ne supporte pas d'avoir un patron", glissait-elle dans le New York Times dès 2013. Le Premier ministre, lui, présentera quoiqu'il arrive la dernière mouture du texte de loi d'ici ce mercredi soir.

La rupture avec les chefs de l'Etat et du gouvernement était en fait actée depuis samedi, d'après l'entourage de François Hollande. Les trois sont arrivés à la conclusion "commune et partagée que la cohérence devait conduire à son départ du gouvernement". Christiane Taubira a expliqué sur son fil Twitter, peu après l'annonce officielle, sa version des faits: "Parfois résister c'est rester, parfois résister c'est partir."

En près de quatre ans, l'ex-ministre de la Justice est devenue une icône de la gauche pour les combats et projets qu'elle portait. Surtout celui de la réforme du mariage homosexuel. François Hollande a salué ce "rôle majeur" joué pour faire aboutir sa promesse de campagne "avec conviction, détermination et talent". Ses échanges avec les députés sur ce thème rythment les débats houleux de l'Assemblée nationale avant l'adoption définitive, en avril 2013.

Le mariage pour tous a notamment fait d'elle une des cibles favorites de la droite, de l'extrême droite, et d'attaques racistes. Face aux critiques de l'opposition "vivant dans un igloo", elle répond encore avec la verve du poète: "Vous pouvez garder le regard obstinément tourné vers le passé." A une droite qui fulmine parfois, elle répond avec René Char, Emmanuel Lévinas, le poète guyanais Léon-Gontran Damas, et des extraits du code civil.

"Cette violence est incommensurable", estime-t-elle dans Paris Match l'année dernière, rappelant que ces attaques la visant personnellement ont lieu depuis son arrivée, le 17 mai 2012, peu après l'élection de François Hollande. Une haine à laquelle elle fait face: "Ils n'auront pas mon suicide", lâche la ministre à l'hebdomadaire.

Son style était aussi celui de la franchise, n'hésitant pas à tacler un journaliste dont les propos lui déplaisent. Comme David Pujadas, qui ne "maîtrise pas les choses" lors de l'émission Des paroles et des actes, en septembre 2013.

Aux journalistes du Monde qui insistent en 2014 sur ses contradictions au sujet de l'affaire des écoutes de Nicolas Sarkozy, après avoir brandi imprudemment des documents lisibles en conférence de presse, elle rétorque: "J'ai beau être une sorcière d'Amazonie, il y a des limites à mon pouvoir."

Facétieuse, l'ancienne garde des Sceaux n'hésite pas à enjoliver ses déclarations de traits d'humour. Fatiguée d'un voyage en Guyane, elle assure avec un sourire avoir "un corps de vieille femme et un emploi du temps de jeune fille" à Marianne.

Dernier exemple (bonus) de sa communication particulière: elle feint d'ignorer qui est Marine Le Pen pendant une interview accordée à la chaîne i>Télé, il y a un an. Une pique de plus dans la liste d'une spécialiste du genre.

Sur Canal + l'ex-ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, a réagi à la démission de Christiane Taubira, estimant qu'en cas de primaires à gauche, la garde des Sceaux "peut rassembler largement" : "Elle a retrouvé sa liberté et, évidemment, elle a de grandes choses à faire dès demain avec nous et sans nous. C'est à elle d'en décider, bien sûr", a-t-elle ajouté.

0 réponses

  1. […] 23 janvier dernier, les confidences de cette femme politique hors norme prennent un sens nouveau « à l'aune de sa démission surprise du gouvernement ». Celle qui tweete aujourd'hui « Parfois résister c'est rester, parfois résister c'est partir […]

Ajouter un commentaire

Vous devez être Connecté pour poster un commentaire.