“Je porte plainte contre Christine Boutin” : l’histoire de la cousine B., du Juge et des zélotes LGBT

UTOPIE (HOMO)SEXUELLE ? Ce mois d’avril 2014 donne une bonne illustration d’un des importants reculs que nous avons connus durant ces vingt dernières années d’affirmation LGBT en France à travers un monde associatif de plus en plus aligné sur les us et coutumes en vigueur dans l’univers néo-libéral. Un monde tout adonné à la communication qu’il ne voit que réduite au communiqué de presse, à l’adresse aux gouvernants (et non aux LGBT pour qu’ils pèsent dans le débat) à la supplique aux parlementaires parés de pouvoirs qu’ils n’ont plus depuis longtemps dans la 5° république et à la mise en avant du sigle de leur chapelle.

Capture-d’écran-2014-04-15-à-18.28.34Madame B. ci-devant présidente du parti démocrate-chrétien, bien connue cousine incestueuse (selon le rite catholique romain qu’elle observe avec un intégrisme sourcilleux) s’est encore répandue en caractérisation des plus homophobes de l’homosexualité : une abomination, rien de moins. De vives émotions se sont exprimées de droite comme de gauche. La cousine a du pour finir s’excuser quinze jours plus tard.

Saisies aussi par la brutalité inouïe, barbare même, de l’épithète, de jeunes femmes n’ont fait ni une ni deux n’écoutant que leur indignation et leur besoin de faire quelque chose. Elles ont lancé un appel en ligne en espérant le voir repris et relevé, transmis aux amis, publié. Une lettre type a été déposée avec appel à la reprendre et l’envoyer chacun/e en son nom : « j’ai décidé de porter plainte contre Christine Boutin pour diffamation et incitation à la haine ».

Chacun/e peut ainsi se saisir de l’initiative, s’impliquer, alerter autour de lui, reproduire la lettre type proposée, l’envoyer, la faire envoyer au tribunal de grand instance de Paris en mettant en en tête son état civil. C’est un appel à la mobilisation, selon les propres mots des initiatrices, qui est ainsi partagé et court sur les fameux réseaux sociaux sans se soucier d’émaner de quelque autorité que ce soit sinon celle civique (et non « citoyenne ») de citoyens outrés qui demandent justice.

En fin de mois, les cinq mille plaintes devraient être dépassées et déposées (date limite 30 avril). Des centaines de LGBT indignés (et blessés certes mais plus dans le registre colère que souffrance pourtant si cher à l’idéologie du « care » en vogue (c’est-à-dire la sollicitude qui est en train de remplacer la solidarité dans la gauche libérale nouvelle) s’y engagent jour après jour. Ce n’est pas un acte archi militant, mais c’est de la militance en réseaux, collective, impliquante et communicable autour de soi. Quoi de mieux ? C’est ainsi que naissent les mouvements.

De leurs côtés, les institutionnels LGBT se sont dûment tâtés sans doute. Ils en avaient été de leurs doctes communiqués, bien sûr, ça ne se rate pas. Chacun pour soi, au nom de sa boutique et signé présidentiellement de son ou sa présidente en SA majesté. Mais de pensée envers les anonymes LGBT (ou autres d’ailleurs), d’initiative suggérée au « bas peuple », de « mise en mouvement » pourrait-on dire, point. Ils sont les spécialistes de la spécialité. Chaque officine officie et les braves gens sont priés d’applaudir en lisant les proses dûment indignées et dûment siglées.

Il a fallu le démarrage fulgurant de l’appel des trois copines pour que tout à coup les instances LGBT se réveillent : il existe somme toute une « base » LGBT, des gens, de vraies gens, des anonymes certes et non siglés, des parties prenantes du « créneau » qui y montent. En l’espèce, elles y montent sans qu’on leur aie rien demandé, d’ailleurs leur demande-t-on quelque chose en général depuis toutes ces années ?

Alors les « élites » LGBT se sont agitées. Des représentants de telle coordination « inter » parisienne, arrivant comme les carabiniers, ont vaillamment posé pour la presse, affichant fièrement avoir déposé plainte contre Cousine B. (De mention de l’initiative en cours « à la base », je n’en ai pas vue).

De même, après le discours d’investiture de Manuel Valls au poste de premier ministre a-t-on eu droit à un communiqué de « déception » des associations. Le discours, grosso modo, enterrait les « réformes de société » donc les demandes des assos LGBT concernant la procréation et la transexualité.

Déception ? Certes, mais, de suite à donner ? Hein ? D’appel à des formes de mobilisations des personnes LGBT ? L’annonce d’initiative de protestation, de construction d’une riposte ; ne serait-ce que d’assises pour faire le point et envisager une suite ? Rien, rien, rien ! Déception, regret et tutti quanti. Bref, le seul message adressé par les associations l’était à la presse, au gouvernement et un appel, quasi une supplique, aux parlementaires, représentation nationale sur laquelle, oublieux et décidément pas rancuniers, nos leaders semblent compter beaucoup. Mais d’appel à la riposte…

Il y a quelque chose de moisi qui sent le placard militant, la poussière des dossiers et l’encre à photocopier les dossiers de presse, dans l’espace communautaire.

Précision, l'association STOP HOMOPHOBIE a saisi un avocat et apporté un soutien sans faille en promulguant l'événement, que nous vous invitons également à rejoindre :

https://www.facebook.com/events/621852521231041/627127610703532/?ref=notif&notif_t=plan_mall_activity)

Par Jacques Fortin (médiapart)

Pour soutenir ou adhérer à Stop Homophobie qui lutte contre les discriminations liées à l'orientation sexuelle, participe à la diffusion d’informations par des actions d’éducation, de sensibilisation auprès du grand public :
http://www.stophomophobie.com/adherer-a-stop-homophobie/

Pas de commentaire.

Ajouter un commentaire

Vous devez être Connecté pour poster un commentaire.