« L’Union » publie les commentaires homophobes de ses lecteurs, son « mur de la honte »

Des affiches de la nouvelle campagne de prévention anti-VIH à destination des gays, parmi les 8 000 diffusées dans 130 villes par le ministère de la santé, ont été taguées et dégradées, notamment à Châlons-en-Champagne.

« Ce n'était pas anodin, il s'agissait d'un message. Du coup, après avoir relayé l'info, on a écrit un article "Les 5 raisons d'avoir honte de ce vandalisme", qui a fait énormément de buzz », a expliqué la chef de l'édition régionale du quotidien « L'Union », Géraldine Baehr qui, après avoir relayé l'info, a publié un article « Les 5 raisons d'avoir honte de ce vandalisme », suscitant de nombreux commentaires, particulièrement homophobes.

« Cela montrait qu'en 2016, ce débat sur l'homosexualité avait du mal à évoluer et cristallisait les passions. C'était évident pour nous qu'il fallait sortir de notre réserve habituelle et dénoncer ces propos de manière forte. »

Du coup, « L’Union-L’Ardennais » a diffusé, en ligne et sur papier, les messages haineux de ses lecteurs, parfois avec les vrais noms et photos, en espérant que « cela poussera les gens à réfléchir avant de commenter ».

« La rédaction a décidé de s’engager, et d’exposer dans ces colonnes les lamentables commentaires qui ont pollué notre site », précise le journal, menacé d’éventuelles poursuites par certains des internautes concernés.

« On assume. On a publié cette page en connaissance de cause, en sachant que ce n’était pas politiquement correct », indique le rédacteur en chef Didier Louis, menacé d’éventuelles poursuites par les internautes concernés. « Ces commentaires ont été postés par leurs auteurs sur le site, on ne les a pas exhumés de je-ne-sais-où. »

Et d’ajouter : « On ne défend pas une cause ou un militantisme particulier. En pointant ces propos homophobes, on s’inscrit dans notre mission qui est de rendre compte d’une réalité. »

« Avant de se lancer, on s’est renseigné sur ce que l’on avait le droit de publier », insiste Géraldine Baehr. « Ce n’est pas de la délation. On ne fait que retranscrire des propos tenus et visibles publiquement sur le site. Chacun doit assumer. »

Dans son édition de ce jeudi, « L’Union » consacrera de nouveau une page à des commentaires de lecteurs. Cette fois-ci, ce seront ceux qui s’indignent de l’homophobie qui seront mis en avant.

Ce mardi déjà, les maires de plusieurs communes, dont celles d'Angers, Aulnay-sous-Bois et Compiègne, avaient annoncé avoir pris des arrêtés pour les faire retirer de leur commune, estimant qu'elles étaient contraires « aux bonnes moeurs » ou trop « provocantes ».

Face à cette « censure », la ministre de la Santé et des Affaires sociales, Marisol Touraine, a annoncé son intention de saisir la justice administrative, « pour la santé publique et contre l'homophobie », a-t-elle déclaré dans un tweet.

Terrence Katchadourian
sopeople.fr

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