Marseille : une mère découvre son dossier médical sur internet

Sandra a l'habitude d'aller sur internet pour surfer sur les réseaux sociaux. Elle aime taper sur Google son nom de famille. Mais ce qu'elle a découvert le 11 février dernier lui a glacé le sang. Voilà qu'est remonté aussitôt son dossier médical. Sur un lien qui n'était pas sécurisé, cette mère de 37 ans a vu surgir sous ses yeux des informations confidentielles sur la naissance de son fils, aujourd'hui âgé de 4 ans et demi, à l'hôpital Nord, sa santé, les traitements qui lui ont été prescrits le jour de l'accouchement, sa propre sérologie. Elle lira même "pâleur cutanée, signe de détresse respiratoire, cyanose du visage, transfert en réanimation."

Des informations qu'elle aurait préféré ne pas découvrir ainsi, à la portée de tout le monde, sans clé ni code d'accès, à côté de son numéro de sécurité sociale. Aussitôt, elle se rend à la gendarmerie de son lieu de résidence à Bourg-Saint-Andéol (Ardèche), Elle dépose plainte. Le gendarme appelle l'hôpital Nord. L'un des directeurs lui explique en direct qu'il "tombe des nues"et lui promet de mener "une enquête interne pour savoir s'il y a des fuites ou un piratage interne".

En tout cas, le directeur hospitalier tente de la rassurer en lui disant que tout cela "n'est pas normal". À la gendarmerie de Bourg-Saint-Andéol, que nous avons contactée hier, on se souvient de cet épisode singulier, mais on se garde bien de le commenter en se retranchant derrière "le secret professionnel". Depuis combien de jours ces informations étaient-elles livrées au grand public ? Et si des esprits malins les avaient détournées ? D'autant, explique Sandra, que "je pouvais modifier ou supprimer des dossiers".

"Qui me dit que ces informations n'ont pas été communiquées à mon banquier ou à mon assureur ?"insiste cette mère de famille. Elle se souvient qu'elle a pu dérouler un menu qui, manifestement, concernait des dizaines de patients. Son avocat, Me Victor Gioia, a promis de saisir la justice et la Commission nationale informatique et libertés (Cnil). "On peut fabriquer ainsi en quelques secondes, à partir de citoyens ordinaires, des parias, déplore-t-il. Chacun a ses jardins secrets à préserver".

Après enquête, il s'agirait en fait d'un fichier rassemblant des données sur les enfants prématurés. Interrogé hier, le directeur général adjoint de l'Assistance publique des hôpitaux de Marseille, Jean-Michel Budet, nous explique avoir "remonté la filière" : "Les médecins qui ont mené cette étude l'ont fait héberger à l'extérieur de l'hôpital par un site qui n'avait pas pris toutes les précautions pour en garantir la confidentialité. Depuis, l'erreur a été rectifiée. Aujourd'hui, le fichier est chez nous et inaccessible. On est désolé de ce qui s'est passé."

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