Santé : Mis en évidence de l’aspirine dans le traitement du cancer

Avec ses 80 milliards de comprimés avalés dans le monde tous les ans, l’aspirine est le médicament le plus consommé au monde. Il soulage les douleurs et permet de faire baisser la fièvre. Il est également très connu pour fluidifier le sang et donc prévenir les accidents cardio-vasculaires. Mais, selon une nouvelle étude scientifique publiée le 6 août dernier dans Annals of Oncology (le journal de la société européenne d’oncologie médicale), une dose journalière d’aspirine pourrait augmenter l’espérance de vie des patients atteints de tous types de cancers du système digestif. Auparavant, seuls les effets positifs de l’aspirine sur le cancer colorectal avaient été étudiés. C’est Martine Frouws, de l’Université de médecine de Leiden aux Pays-Bas, qui a dirigé l’étude. Cette dernière portait sur 13 715 patients ayant contracté un cancer du système digestif entre 1998 et 2011.

Quel rôle joue l’aspirine dans le traitement du cancer ?

« Selon des études prospectives, on sait depuis plusieurs années que l’aspirine diminue les risques de développer un cancer pour les personnes ayant des polypes au colon, explique Marie-Germaine Bousser, neurologue et auteur de « L’aspirine, pour ou contre ? ». Mais après avoir étudié les effets quotidiens de l’aspirine sur les pathologies cardiovasculaires, le scientifique Peter Rothwell, a découvert a posteriori que ses patients qui prenaient de l’aspirine avaient moins de risques de développer un cancer. Cependant, seules des études prospectives pourront permettre de prouver cette hypothèse », nuance la neurologue.

« On sait effectivement que l’aspirine retarde la survenue de métastases ou de complications et il y a effectivement une amélioration des résultats de survie chez les patients atteints de cancers », ajoute le professeur François Chast, pharmacien, chef de la pharmacie de l’hôpital Cochin Paris. Mais pour prouver l’efficacité de l’aspirine dans le traitement contre tous les cancers, des études supplémentaires seront nécessaires. Et pas sûr que le cachet blanc fasse rêver les industriels.

« Les études risquent de manquer car si aujourd’hui l’aspirine était présentée comme un nouveau médicament anticancéreux, elle serait en situation de concurrence avec d’autres médicaments qui traitent le cancer, bien plus coûteux. L’aspirine est bon marché, elle n’est protégée par aucun brevet et n’intéresse donc pas les industriels », poursuit-il. Pourtant, selon Marie-Germaine Bousser et François Chast, l’aspirine pourrait avoir un avenir dans la lutte contre le cancer.

Mais il y a des effets secondaires ?

L’aspirine fait saigner et les risques hémorragiques ne sont pas à négliger. « Ce médicament n’est pas complètement anodin, il peut avoir des conséquences néfastes sur la fonction rénale, poursuit François Chast. Si l’on prouve ses bienfaits pour traiter le cancer, il faudra définir les conditions de son utilisation extensive sur des populations cibles. À partir de quel âge donner de l’aspirine, et jusqu’à quel âge ? » Il est aussi contre-indiqué aux personnes allergiques et à celles souffrant d’un ulcère à l’estomac.

Les origines de l'aspirine remontent à l’Antiquité

« L’aspirine provient du saule ; déjà dans l’Antiquité, cette plante était utilisée pour ses effets thérapeutiques. Au IIIe millénaire avant Jésus-Christ, Hippocrate conseillait son utilisation comme antalgique lors des accouchements. Et par la suite, Dioscoride le prescrivait contre les douleurs aux oreilles », relate le professeur Olivier Lafont, président de la Société d’histoire de la pharmacie.

Le saule fut mis de côté jusqu’en 1763, date à laquelle le pasteur anglais Edward Stone donne les détails de sa découverte des bienfaits de l’écorce de saule sur la santé.

« Après, en 1829, le pharmacien français Pierre-Joseph Leroux isole la salicine à partir de l’écorce de saule avant de tester le produit. C’est à cette époque-là que l’on reconnaît officiellement les propriétés actives de la salicine contre la douleur et la fièvre », poursuit Olivier Lafont.

Mais c’est réellement le pharmacien Charles Gerhardt, chimiste alsacien, qui crée la première synthèse de l’acide acétylsalicylique (aspirine) en 1851, sans pour autant la commercialiser. « Ce sont les chimistes allemands Felix Hoffmann et Arthur Eichengrün du laboratoire Bayer qui vont synthétiser l’aspirine de manière moins coûteuse, dans le but de la vendre. » Et dès 1899, le médicament est commercialisé sous forme de poudre. « C’est le plus vieux médicament de synthèse, et c’est la première fois qu’on a légèrement modifié la nature pour obtenir un médicament d’origine naturelle », certifie le président de la Société d’histoire de la pharmacie.

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