Syrie : l’accord américano-russe suscite le scepticisme parmi républicains et experts

Parmi les alliés des Etats-Unis, la France et le le Royaume-Uni ont été les premiers, par la voie de leur ministre des affaires étrangères, à se féliciter de cette "avancée importante". De son côté, le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a appelé Damas à le respecter "sans réserve". "Il s'agit d'une étape importante en vue d'assurer l'élimination rapide, sûre et vérifiable des stocks d'armes chimiques de Syrie", a-t-il assuré dans un communiqué. "L'accord devrait donner un nouvel élan à une solution politique pour mettre fin à l'horrible effusion de sang en Syrie", a conclu M. Rasmussen.

La solution militaire a en effet été écartée au profit de la voie diplomatique. Après trois jours de pourparlers, les ministres russe et américain des Aafaires étrangères, Sergueï Lavrov et John Kerry, ont conclu samedi sur un accord qui donne une semaine à Damas pour présenter une liste de ses armes chimiques en vue de leur enlèvement d'ici à la mi-2014. Mis cet accord prévoit tout de même une résolution de l'ONU qui autoriserait le recours à la force pour le cas où le régime syrien manquerait à ses engagements.

"UN ACTE DE FAIBLESSE PROVOCANTE"

Cet accord pacifique ne fait toutefois pas l'unanimité dans le camp républicain. Deux influents sénateurs américains, John McCain et Lindsey Graham, ont jugé cet accord désastreux. "Cet accord ne fait rien pour résoudre le véritable problème en Syrie, qui est le conflit qui a causé la mort de 110 000 personnes, chassé de leurs foyers des millions d'autres, déstabilisé nos amis et nos alliés dans la région, enhardi l'Iran et ses affidés terroristes, et offert un abri sûr à des milliers d'extrémistes affiliés à Al-Qaida", ont déclaré les deux sénateurs républicains dans un communiqué commun publié samedi.

Ils craignent que les amis des Etats-Unis de même que leurs ennemis ne jugent cet accord "comme un acte de faiblesse provocante de la part de l'Amérique". "Nous ne pouvons imaginer pire signal à adresser à l'Iran alors que ce pays poursuit sa course pour se doter de l'arme nucléaire", ont déclaré MM. Graham et McCain, qui était le candidat du Parti républicain à la présidence en 2008.

"Assad va mettre à profit les nombreux mois qui lui ont été accordés pour faire traîner les choses en longueur et pour tromper le monde, en utilisant tous les moyens que Saddam Hussein a utilisés", estiment les sénateurs. "Il faut vraiment avoir perdu tout esprit critique pour voir dans cet accord autre chose que le début d'une impasse diplomatique, et l'administration Obama y est conduite par Bachar Al-Assad et Vladimir Poutine", déclarent les deux sénateurs.

UN STOCK D'ARMES CHIMIQUES ÉVALUÉ À 1 000 TONNES

Du côté des experts, on s'interroge plutôt sur la faisabilité d'un tel accord. "La destruction de l'arsenal chimique à l'horizon novembre 2014, compte tenu de la guerre civile, je n'y crois pas", estime Olivier Lepick, spécialiste de la Fondation pour la recherche stratégique, dont le siège est à Paris. "Cela paraît parfaitement fantaisiste. Dans une situation de paix, il faudrait plusieurs années. La Syrie n'a aucune infrastucture pour détruire ses armes chimiques. Il faut construire une usine, sans doute à plusieurs centaines de millions de dollars", poursuit-il.

L'expert rappelle que les Etats-Unis et la Russie eux-mêmes n'ont toujours pas fini de détruire leurs propres stocks (respectivement 30 000 et 40 000 tonnes, selon lui), alors qu'ils ont investi des milliards de dollars depuis le milieu des années 90 pour se conformer à la convention d'interdiction de 1993.

Les Etats-Unis et la Russie évaluent tous deux le stock syrien à 1 000 tonnes. Damas a une semaine pour livrer la liste de ses armes. Des inspecteurs doivent ensuite se rendre en Syrie en novembre afin de vérifier le processus de démantèlement, selon l'accord conclu samedi à Genève par les chefs de la diplomatie américaine, John Kerry, et Russe, Sergueï Lavrov. Il devrait s'agir d'inspecteurs de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC), qui prépare "une feuille de route" pour des missions en Syrie, selon un communiqué de cet organisme dont le siège se trouve à La Haye.

UN ACCORD QUI PRÉSERVE LES INTÉRÊTS RUSSES ET AMÉRICAINS

Artisans de l'accord de Genève, les Etats-Unis et la Russie ne sont plus maîtres des échéances qu'il prévoit, affirme l'expert en armes chimiques, Jean-Pascal Zanders. Selon lui, les décisions vont maintenant être prises justement par l'OIAC, dont le conseil exécutif (CE) doit se réunir la semaine prochaine à La Haye.

"Le CE est souverain dans la prise de décisions. Les Etats-Unis et la Russie ne représentent qu'une voix chacun parmi les 41 membres. Je ne serais pas surpris qu'il n'y ait pas de consensus dans la prise de décision", poursuit M. Zanders. La Syrie a récemment annoncé qu'elle rejoignait l'OIAC.

Par la suite, la constitution d'une équipe d'inspecteurs compétents ne sera pas chose facile, même en deux mois d'ici à novembre, juge David Kay, ex-responsable de l'inspection des armes en Irak au moment de l'intervention américaine de 2003. "Il faut trouver des gens qui comprennent la fabrication des armes chimiques et le désarmement. Très franchement, fort de mon expérience en Irak, certaines personnes ne voudront pas aller dans une zone de combats", a-t-il ajouté sur la chaîne de télévision américaine CNN.

Sur le terrain comment détruire les stocks d'armes chimiques syriens ? "Il y a deux grandes méthodes : soit l'incinération, soit l'hydrolyse (en mélangeant l'eau aux agents chimiques, également à haute température)", souligne Olivier Lepick. Un transfert des armes chimiques de Syrie vers un autre pays est interdit par la convention de 1993. Certes, la Syrie a une frontière avec un pays qui n'a pas ratifié cette convention entrée en vigueur en 1997 – mais il s'agit d'Israël, l'ennemi juré de Damas, où un transfert n'est pas envisageable pour d'évidentes raisons politiques..."L'accord de Genève est un accord diplomatique qui préserve les intérêts des Russes et des Américains", conclut l'expert français Olivier Lepick.

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