Vidéo. Frapper Daech en Syrie ? La droite dit oui, la gauche doute, Hollande y vient

François Hollande a (presque) officialisé une initiative militaire en Syrie pour lutter contre l'organisation Etat islamique, lors de sa conférence de presse, ce lundi 7 septembre.
Le chef de l'Etat a annoncé que des vols de reconnaissance au-dessus de la Syrie débuteront mardi et que le Parlement sera consulté sur ce sujet. Ils devraient "permettre d'envisager des frappes contre Daech, en préservant notre autonomie d'action et de décision... mais il serait inconséquent et irréaliste d'envoyer des troupes au sol".

"Il faut étendre les frappes", selon Juppé

L'ex-Premier ministre Alain Juppé s'est prononcé dimanche en faveur de telles frappes aériennes, mais contre toute intervention au sol. "Je suis favorable à l'extension des frappes aériennes qui existent aujourd'hui en Irak, dans le cadre d'une coalition, en territoire syrien", a affirmé le maire Les Républicains de Bordeaux au "Grand Rendez-Vous" Europe 1-"Le Monde"-iTélé.

Lancée en août 2014, la coalition arabo-occidentale dirigée par Washington contre Daech rassemble une vingtaine de pays, des États-Unis et du Canada aux principaux États européens, en passant par l'Arabie Saoudite, la Jordanie, le Qatar, Bahreïn ou les Émirats arabes unis. En un an, elle aurait conduit plus de 5.200 raids aériens, en Irak et en Syrie, freinant l'avancée des combattants djihadistes, mais sans parvenir à l'endiguer.

L'opération française au sein de cette coalition, baptisée "Chammal" (nom arabe d'un vent du nord), s'est exclusivement concentrée sur le territoire irakien, où elle a effectué quelque 200 frappes, selon l'état-major. Jusqu'ici, la France s'est toujours refusée à intervenir en Syrie, car elle craint que des raids ne renforcent le président Bachar El-Assad, dont Paris demande le départ.
Aujourd'hui, devant la menace que constitue Daech, il faut étendre ces frappes aériennes. J'ajoute simplement que leur efficacité est limitée, on le voit bien aujourd'hui en Irak : cela a permis tout juste de stabiliser la situation et pas réellement de faire reculer Daech", a observé Alain Juppé.

Chevènement réclame "le cadre de l'ONU"

"La grande question qui est derrière est de savoir s'il faut accompagner ces frappes aériennes par un déploiement au sol, et là j'y suis tout à fait défavorable", a-t-il affirmé. "Nous risquons, si nous nous engageons dans cette voie, de nous mettre dans un guêpier de même nature que celui que la coalition internationale a connu en Afghanistan, ou les Américains avec leurs alliés en Irak.

Le maire de Bordeaux se rapproche ainsi de la position de l'ancien ministre Jean-Pierre Chevènement. Celui-ci s'est déclaré dimanche sur France-3 en faveur de frappes aériennes en Syrie, précisant toutefois qu'elles devaient être effectuées en coordination avec le régime syrien :
A partir du moment où nous le faisons en Irak, je ne vois pas d'inconvénient à ce que nous le fassions en Syrie, à condition que cela soit coordonné avec le régime syrien, il faut dire les choses carrément."

"Entre Bachar al-Assad et Daech ou Al-Qaïda, nous n'avons le choix que de mauvaises solutions. Mais il y en a une qui est pire, c'est Daech et Al-Qaïda, qu'on ne peut pas faire passer pour des démocrates ou des islamistes modérés. Il faut une solution dans le cadre de l'ONU entre les protagonistes de ce conflit et taper ensemble contre Daech", a-t-il poursuivi.

"Il faut déclencher la guerre", lance Woerth

Chez Les Républicains, d'autres sont pour autant partisans d'une intervention terrestre. L'ancien ministre Bruno Le Maire a estimé qu'"il est temps d'éliminer la menace Daech, le plus tôt sera le mieux. Il y a urgence", a-t-il lancé dimanche sur la radio RCJ.

De la fusillade meurtrière chez "Charlie Hebdo" à l'attaque perpétrée dans le Thalys, la France a été la cible depuis le début de l'année de plusieurs attentats. Et, dans la plupart des cas, leurs auteurs étaient passés par la Syrie et avaient un lien - plus ou moins direct - avec l'organisation État islamique ou certains de ses combattants.

Bruno Le Maire propose ainsi l'envoi par la France d'"un nombre limité de troupes au sol" pour combattre l'Etat islamique, dans le cadre d'une coalition internationale agissant sous l'égide des Nations unies. Selon lui, la France doit déposer "un projet de résolution" à l'ONU "pour avoir la légitimité internationale avec nous". Elle doit prendre "l'initiative d'une coalition internationale, qui devrait évidemment associer en premier lieu les Etats de la région".

Une position qui rejoint celle de l'ex-ministre Eric Woerth :
Il faut déclencher la guerre à Daech et je ne comprends pas pourquoi cela n'est pas fait", a-t-il déclaré jeudi sur Europe 1. "La France est particulièrement silencieuse sur le sujet."

Interrogé sur le fait de savoir s'il fallait envoyer des troupes au sol, il a répondu: "évidemment". Même vigueur pour Xavier Bertrand. L'ancien ministre a, dans une lettre à François Hollande, appelé "au plus vite à la tenue d'une réunion du Conseil de Sécurité autorisant une action militaire totale contre Daech".

En juillet dernier, l'ancien président de l'UMP, Jean-François Copé, a également plaidé pour "écraser militairement Daech", dans une tribune publiée par "Valeurs actuelles". D'autres parlementaires de droite, comme les députés Éric Ciotti et Thierry Solère se sont également prononcés en ce sens.

"Se donner tous les moyens", selon Sarkozy

Si l'idée d'une intervention terrestre est évoquée par des parlementaires de droite depuis le mois de mai dernier, le président des Républicains, Nicolas Sarkozy, ne s'est toujours pas officiellement prononcé. Début juillet, il s'est simplement déclaré favorable à l'envoi d'"experts au sol" pour lutter contre Daech, dans une interview au "Monde".
A partir du moment où on l'on a pris la bonne décision de faire la guerre à Daech, il faut s'en donner tous les moyens et mener un combat sans merci", a affirmé l'ancien chef de l'Etat. "Si des experts au sol sont nécessaires pour renforcer l'efficacité des frappes aériennes, nous aurions bien tort de ne pas le faire."

De son côté, Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, a prôné pour une "réorientation complète de la politique étrangère française" :
Il faut vaincre Daech, ces barbares islamistes, et pour les vaincre il faut arrêter de combattre Assad", a-t-il déclaré sur Sud Radio.

"Si on ne fait rien, Daech deviendra une puissance tellement forte que nous serons en guerre pendant cent ans entre l'Europe et le Moyen-Orient", a prédit le député de l'Essonne.

Le président du MoDem, François Bayrou, s'est lui affiché mi-figue mi-raisin sur Europe 1:
J'approuve toute action de la France contre ces barbares. [Mais] je ne crois pas que les raids aériens vont régler la question de Daech."

"Un guet-apens" pour Bartolone

Reste qu'à gauche, l'idée ne serait-ce que de frappes aériennes n'est pas forcément bien accueillie. Le président de l'Assemblée, Claude Bartolone, estime dans "Le Parisien" que "ce serait un guet-apens d'y aller".

Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice PS de Paris, s'est aussi dit "très dubitative" sur d'éventuelles frappes :
Je ne crois pas que les frappes auront une grande efficacité et en tout cas pour l'heure elles ne me paraissent pas indispensables et nécessaires. Je pense qu'en revanche le renseignement, donc le survol et les drones, seraient tout à fait indispensables", a-t-elle déclaré sur RFI.

A l'extrême gauche, le co-fondateur du Parti de Gauche, Jean-Luc Mélenchon, a lui qualifié "d'erreur" d'éventuelles frappes. Sur France-5, il s'est expliqué :
Ce n'est plus Bachar al-Assad qu'il veut bombarder, c'est Daech. Mais comment ? Daech étant par définition une organisation infiltrée dans les populations civiles..."

"On commence par discuter avec ceux qui font la guerre, c'est-à-dire notamment avec Bachar al-Assad. L'attitude des Russes est beaucoup plus sensée que celle de n'importe qui", a développé Jean-Luc Mélenchon. "Cet été, les Russes ont reçu sans les Occidentaux la totalité des protagonistes de cette zone". Alliée de la Syrie, la Russie a accueilli en août une délégation de l'opposition syrienne tolérée par le régime de Damas, après avoir reçu le chef de la coalition de l'opposition syrienne, Khaled Khoja.

AFP

Pas de commentaire.

Ajouter un commentaire

Vous devez être Connecté pour poster un commentaire.