Cure de jouvence : Des chercheurs inversent le processus de vieillissement chez des rongeurs

A mesure que le corps vieillit, les cellules se dégradent. Passé un certain stade, soit elles s'autodétruisent, se transforment en cellules cancéreuses ou deviennent sénescentes. En s'accumulant, elles vont encore accélérer les effets de l’âge. Certains chercheurs avaient tenté d'en extraire les composants pour lutter contre le vieillissement. Ils viennent de réussir à en inverser le processus chez des rongeurs en les débarrassant de ces "cellules endormies".

"Ils ont non seulement pu courir deux fois plus loin que les souris non traitées, mais leur fourrure a repoussé et le fonctionnement de leurs reins s'est amélioré", écrivent les scientifiques dans leur étude, publiée ce 31 mars dans la revue Cell.

Cette découverte pourrait aboutir à des traitements pour l'homme.

"On a découvert que ces cellules sénescentes produisent des déchets et qu'en fait, elles sont toxiques", résume au Guardian Peter de Keizer, généticien et principal auteur des travaux. "Un peu comme un élève perturbateur qui empêche ses voisins de bien travailler".  Il pensait qu'elles étaient inoffensives. Mais fort de ces constatations, ils ont décidé avec son équipe, d'utiliser sur des souris une substance appelée FOXO4-DRI, qui "réveille" ces cellules pour les contraindre à s'autodétruire.

Dans un premier temps, ils ont administre FOXO4-DRI trois fois par semaine pendant 10 mois à une population de souris génétiquement modifiées pour vieillir plus rapidement. Les scientifiques voulaient d'abord étudier l'évolution du fonctionnement des leurs reins. Mais un technicien de laboratoire a remarqué que certaines d'entre elles, dégarnies, subissaient également des transformations physiques remarquables.

"Encouragés par ces résultats", ils on reproduit les tests sur des souris ayant vieilli normalement. S'il "n'a pas été possible de déceler des changements notables pour la course" en roue, ils ont noté "une amélioration de la densité du pelage, une meilleur réactivité" et surtout "un meilleur fonctionnement rénal".

"Avec l'espérance de vie [de l'homme] qui devrait augmenter dans un futur proche", constatent-ils, "il est important de développer des stratégie visant à améliorer la santé dans le temps".

Car ces résultats font évidemment naître l'espoir d'une future thérapie qui permettrait à l'être humain de préserver son corps des ravages de l'âge. Mais avant d'en arriver là, il reste de nombreuses étapes. A commencer par des essais sur l'homme, pour déterminer si l'élimination de ces fameuses cellules dormantes permet chez lui aussi d'inverser les mécanismes liés au vieillissement. Ce que les scientifiques planifient déjà dans le cadre d'un premier "test de sécurité" sur des personnes atteintes de glioblastome multiforme, une tumeur au cerveau particulièrement agressive. Chez les patients atteints de cette maladie, les cellules adoptent un comportement proche de celui des cellules sénescentes.

Il faudra aussi s'assurer que la technique n'est pas dangereuse. Le docteur Keizer reconnaît d'ailleurs volontiers qu'il "redoutait" que l'élimination des cellules dormantes chez les souris ne les tue. Et s'il affirme qu'aucun effet négatif n'a été observé chez les mammifères traités, il admet que rien n'est impossible "au-delà d'un certain seuil".

L'injection rajeunissante, banalité en 2046?

Comme le note le Guardian, ce n'est pas la première découverte qui s'attache à traiter directement le vieillissement plutôt que les maladies qui l'accompagnent. Ni la première étude qui montre que les cellules sénescentes sont liés au vieillissement et à ces mêmes maladies. En 2016 déjà, des chercheurs avaient montré qu'en supprimant ces cellules, les souris pouvaient vivre 20% de plus en moyenne.

Mais l'étude publiée par les chercheurs hollandais est la première à montrer que le processus de vieillissement peut aussi être inversé, du moins chez les souris. "Peut-être que quand vous aurez 65 ans, vous irez tous les cinq ans à la clinique du coin pour votre 'injection anti-senescence', ou votre 'injection rajeunissante', imagine Peter de Keizer. C'est quelque chose que l'on peut envisager quand j'aurai atteint cet âge". Le généticien néerlandais a 36 ans.

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