La recherche scientifique progresse à grands pas dans sa lutte contre le vieillissement (VIDEO)

Derrière les annonces spectaculaires de Google et de sa filiale santé Calico (créée en 2013), bien décidés à transformer en réalité une quête de l'immortalité si fantasmée, la recherche scientifique progresse à grands pas dans sa lutte contre le vieillissement.

Le 16 mai dernier, le New York Times rapportait qu'à Seattle, l'Université de Washington testait sur des chiens une molécule capable de retarder la vieillesse : la rapamycine.  Dès 2009, des expériences ont démontré que la substance rallongeait de 25 % l'existence des souris de laboratoire tout en diminuant la vulnérabilité aux maladies. Problème, le produit comporte des effets secondaires pas franchement bénins. En testant la molécule sur des chiens, les chercheurs essaient de trouver des dérivés sans effets secondaires, sur un animal plus proche de l'homme.

En France, Jean-Marc Lemaître, directeur de recherche à l'Inserm, connaît bien le sujet : « la rapamycine, ou la metformine, une molécule déjà utilisée contre le diabète et qui a aussi un effet anti-cancer, pourraient avoir un effet plus général sur le vieillissement. Leur avantage, c'est qu'il s'agit déjà de médicaments, donc elles sont commercialisables rapidement. Aux États-Unis, on trouve certaines molécules du même type vendues en compléments alimentaires. »

Les molécules qui ralentissent les effets de l'âge ne sont qu'une des voies de ce champ de recherche. Très prometteuse, la thérapie cellulaire permet de remplacer ou de stimuler des cellules en mauvais état afin d'offrir au corps une cure de jouvence. Les scientifiques seront même capables de recréer des organes à partir de simples cellules, qu'ils reprogrammeront en cellules souches. Celles-ci pourront ensuite être différenciées puis greffées aux patients afin de corriger certaines pathologies liées à l'âge.

La course est lancée

Autre avatar de la pierre philosophale, une thérapie visant à supprimer les cellules sénescentes. Les cellules sénescentes apparaissent en cas de dommages et sont capables de lancer la cicatrisation ou la régénération, mais sont ensuite éliminées par le corps pour ne pas lui nuire. Avec l'âge, elles s'accumulent dans l'organisme quand notre système immunitaire devient moins efficace. Une thérapie ciblée ou la réactivation de notre système immunitaire offriraient un bénéfice considérable sur l'apparition des pathologies liées à l'âge et sur la longévité elle-même.

« Dans dix à vingt ans, ces savoirs seront devenus des traitements dans le domaine de la santé », assure Jean-Marc Lemaître. Si toutes les pistes de recherche n'en sont pas au même stade de développement, il ne s'agit déjà plus de science-fiction. « L'utilisation de petites molécules pour prévenir le vieillissement va se développer et les stratégies visant à détruire les cellules sénescentes vont sans doute précéder les thérapies cellulaires. » Même si au Japon, le premier essai clinique sur des centenaires tente déjà de corriger la DMLA à partir de cellules reprogrammées. Un résultat est prévu dès 2017. « Et de nouvelles stratégies peuvent apparaître », note le chercheur, optimiste.

« Une course effrénée s'est lancée », analyse Hugo Aguilaniu, chercheur au CNRS et à l'ENS Lyon et spécialiste du vieillissement. « Longtemps, il s'agissait d'un domaine extrêmement spéculatif. On considérait que le vieillissement était une sorte d'usure du corps, qu'on n'y pouvait rien. Jusqu'au milieu des années 1990, il y a eu une longue phase de tâtonnements de la génétique, pour comprendre le processus lui-même. Aujourd'hui, on sait que les effets de l'âge ne sont pas simplement assimilables à de l'usure et qu'il est possible d'en altérer l'évolution », résume le scientifique.

L'âge ne sera plus un naufrage

En France, la communauté scientifique a pris conscience de l'intérêt de s'attaquer au vieillissement plutôt qu'aux pathologies qui en découlent. « Nous ne sommes plus en retard », assure Jean-Marc Lemaître. Ce n'est pas l'avis d'Hugo Aguilaniu. Les fonds alloués à la recherche, plus que jamais d'actualité, sont moindres que ceux des laboratoires privés aux États-Unis. « Des collègues américains, mais aussi de jeunes doctorants français ont rejoint Google ces dernières années », témoigne-t-il.

Mais le principal frein pourrait venir des débats éthiques suscités par ces avancées scientifiques. « Il y en a eu et il y en aura encore », reconnaît Jean-Marc Lemaître. « La vague transhumaniste, et les déclarations de Google et Calico, de tuer la mort stimulent les fantasmes. » En France, les recherches sont menées par des organismes publics de santé, et l'objectif affiché est de réparer l'homme, pas de l'augmenter.

La frontière apparaît très nette pour les scientifiques français. Pourtant, s'attaquer à la vieillesse comme source commune de pathologies constitue bien une révolution dans l'univers médical. Reste à savoir si, comme le neurobiologiste Laurent Alexandre l'affirme, « l'homme qui vivra mille ans est déjà né ».

Comment la technologie change notre définition de la mort

Sans parler des recherches de Calico, la filiale santé de Google, qui entend « soigner la mort » et trouver la clé de l'immortalité, les avancées de la science le prouvent au fil des années, le dysfonctionnement du corps ou de l'arrêt de la respiration ne sont plus les uniques signes qui permettent formellement d'établir la mort d'une personne comme le démontre la vidéo d'animation ci-dessous du site américain Vox. Pendant longtemps, la seule façon de déterminer si quelqu'un était mort, était de mesurer la décomposition de son corps. L'arrivée du défibrillateur cardiaque dans les année 1950 permet par exemple de « ramener un cœur à son rythme de fonctionnement normal ».

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